Élections 2013 au Conseil d’administration d’Orange

Nous ne laisserons pas détruire Orange !

Mot-clé : dividende

Desserrer l’étau financier : suspendre le versement de dividende pendant au moins 3 ans

Verser un dividende n’est pas une obligation. Apple n’en avait pas versé depuis 17 ans. Google n’en a jamais versé depuis sa création. Ces deux géants ont préféré accumuler un trésor de guerre pour investir en R&D, procéder à des acquisitions, ou sortir indemne d’un revers momentané. Leur exemple le montre : ce n’est pas le versement d’un dividende élevé qui maintient le cours boursier de l’entreprise, comme on a voulu nous le faire croire pendant tant d’années. C’est même exactement le contraire : le versement de dividendes trop élevés obère les capacités de croissance de l’entreprise qui sont jugées par la bourse.

Evolution du dividende et du résultat net par action

France Télécom-Orange a dilapidé 28 milliards d’euros en 10 ans. Elle détient le record de distribution de dividendes parmi les entreprises du CAC40. Au titre des exercices 2009 et 2012, elle a distribué plus de dividende que ses bénéfices. Au lieu de constituer des réserves pour faire face au futur, elle a distribué aux actionnaires plus que ce qu’elle avait en caisse !

La dette de l’entreprise repart à la hausse. Cet été, le ratio dette nette sur EBITDA est passé à 2,37, alors qu’il devrait rester contenu autour de 2 pour ne pas menacer la pérennité de l’entreprise. L’ardoise fiscale de 2 milliards réglée en 2013 a certes une part dans cette aggravation, mais c’est surtout la baisse sensible de l’EBITDA, autrement dit la marge brute, qui contribue à une dérive durable et dangereuse.

La CFE-CGC a alerté dès la publication des résultats 2012, demandant la suspension immédiate du dividende… malheureusement sans succès ! Élue au Conseil d’Administration, elle pourra faire valoir sa voix, et convaincre d’autres administrateurs que c’est une mesure urgente pour la sauvegarde du futur d’Orange, au bénéfice de toutes les parties prenantes.

Suspendre le versement du dividende fait économiser 2 milliards d’euros par an, nécessaires pour permettre à l’entreprise de poursuivre le déploiement des réseaux de nouvelle génération, d’investir dans l’innovation et l’emploi, éventuellement saisir des opportunités de rachat d’entreprises contribuant de manière pertinente à la stratégie du Groupe Orange..

Nous défendrons la suspension du dividende jusqu’à ce que l’entreprise ait retrouvé les marges de manœuvre nécessaires au déploiement d’une stratégie de croissance, puis son versement dans des proportions permettant de préserver l’investissement sans augmenter l’endettement.

La CFE-CGC, l’ADEAS et le dividende

Dès 2008, la CFE-CGC conteste le niveau du dividende, atteignant alors la moitié du résultat net. L’ADEAS (Association pour la Défense de l’Épargne et de l’Actionnariat des Salariés mise en place en 2007 à la suite de la spoliation des personnels lors de l’opération Orange Success) s’associe à la  CFE-CGC pour réclamer le dividende à 1 euro par action (au lieu de 1,40), et une modalité de paiement du dividende en actions, qui permettrait d’économiser chaque année plusieurs millions d’euros de cash.

En 2010, la CFE-CGC dénonce un dividende supérieur au bénéfice au titre de l’exercice 2009, et l’ADEAS milite pour un « capitalisme à visage humain » accordant la priorité aux équipes, et privilégiant une stratégie industrielle de long terme : affecter le résultat à l’investissement et au désendettement, pour assurer la pérennité de l’entreprise et sa position sur le marché des télécoms.

En 2012, la CFE-CGC parvient à obtenir que les personnels actionnaires via le fonds France Télécom Actions présentent en Assemblée Générale une résolution proposant le dividende à 1 euro, au lieu de 1,40 euro. Leur résolution recueille 15% des suffrages, trois fois plus que les voix détenues par le personnel. Malheureusement, l’État, propriétaire de près du tiers des titres, et la Société Générale, qui détenait 6% du capital, ont opposé une fin de non recevoir aux sollicitations de la CFE-CGC et de l’ADEAS.

A l’AG des actionnaires de 2013, les personnels ne peuvent plus présenter de résolution : la Direction a décidé de les museler derechef. Le dividende proposé au titre de l’exercice 2012 est à 0,78 euro par action… mais c’est encore trop : le résultat net par action est tombé à 0,31 euro. Lors des questions orales, le PDG d’Orange concède au Président de l’ADEAS que la baisse du dividende aurait dû intervenir un an plus tôt…

 

La CFE-CGC et l’ADEAS demandent un moratoire d’au moins 3 ans sur le dividende,
pour reconstituer les fonds propres de l’entreprise
et lui redonner les marges de manœuvre dont elle a besoin
pour assurer son avenir et celui de ses personnels.

La rançon du succès, ou comment l’État a pris France Télécom pour une vache à lait

tirelireSur le plan financier, l’entreprise s’est redressée dès 2003… au point de dégager un taux de profit très supérieur à celui de Deutsche Telekom. Ce que personne n’a voulu voir, c’est le caractère exceptionnel de ces profits, générés par des manipulations financières et la mise sous pression intense de tout le Groupe. Si un effort de redressement était possible pour sortir de l’ornière, il n’était pas soutenable de maintenir un tel niveau de rentabilité dans la durée.

Mais les discours de guerriers victorieux des deux PDG aux manettes entre 2003 et 2009 ont convaincu tous les acteurs du marché, y compris l’État, les régulateurs (Arcep et Autorité de la concurrence), et jusqu’aux consommateurs, que l’entreprise s’engraissait à bon compte sur le dos de ses clients.

Envol du dividende : 28 milliards d’euros dilapidés en 10 ans !

Quel meilleur gage qu’une généreuse distribution de dividende pour affirmer le succès ? Si T. Breton l’a contenu (il fallait reconstituer les fonds propres effondrés par deux années de pertes et une dette conséquente), dès 2005, à l’initiative de D. Lombard, il s’envole et dépasse le résultat net en 2009.

Impossible après cela de faire entendre raison à Bercy, qui comptait sur cette manne pour renflouer ses caisses vides quel que soit le gouvernement. Alors qu’il aurait fallu dès 2011 diminuer drastiquement le dividende, cela n’a été fait que pour l’exercice 2012. Trop tard ! Les résultats s’étaient tellement dégradés qu’en dépit de sa baisse, le dividende a, une nouvelle fois, dépassé les bénéfices.

Entre 2003 et 2012, France Télécom-Orange a versé 27,5 milliards d’euros de dividendes aux seuls propriétaires de la maison mère ! Une dilapidation qui a obéré les capacités d’investissement de l’entreprise, en France et à l’étranger, alors que le tournant technologique du très haut débit et l’emprise croissante des acteurs « over the top » (Google, Apple ou Amazon) auraient imposé d’investir massivement dans les réseaux de nouvelle génération et le développement de nouveaux services.

Plus de la  moitié des dividendes sont versés à des fonds de pension étrangers ou à des banques qui spéculent et revendent leurs actions dès que le coupon a été détaché, comme nous l’avons plusieurs fois dénoncé. Mais le gouvernement qui défend « le made in France » et prétend lutter « contre la finance sans visage » semble avoir une taie sur les yeux lorsqu’il s’agit de prendre des mesures concrètes à sa portée.

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