tirelireSur le plan financier, l’entreprise s’est redressée dès 2003… au point de dégager un taux de profit très supérieur à celui de Deutsche Telekom. Ce que personne n’a voulu voir, c’est le caractère exceptionnel de ces profits, générés par des manipulations financières et la mise sous pression intense de tout le Groupe. Si un effort de redressement était possible pour sortir de l’ornière, il n’était pas soutenable de maintenir un tel niveau de rentabilité dans la durée.

Mais les discours de guerriers victorieux des deux PDG aux manettes entre 2003 et 2009 ont convaincu tous les acteurs du marché, y compris l’État, les régulateurs (Arcep et Autorité de la concurrence), et jusqu’aux consommateurs, que l’entreprise s’engraissait à bon compte sur le dos de ses clients.

Envol du dividende : 28 milliards d’euros dilapidés en 10 ans !

Quel meilleur gage qu’une généreuse distribution de dividende pour affirmer le succès ? Si T. Breton l’a contenu (il fallait reconstituer les fonds propres effondrés par deux années de pertes et une dette conséquente), dès 2005, à l’initiative de D. Lombard, il s’envole et dépasse le résultat net en 2009.

Impossible après cela de faire entendre raison à Bercy, qui comptait sur cette manne pour renflouer ses caisses vides quel que soit le gouvernement. Alors qu’il aurait fallu dès 2011 diminuer drastiquement le dividende, cela n’a été fait que pour l’exercice 2012. Trop tard ! Les résultats s’étaient tellement dégradés qu’en dépit de sa baisse, le dividende a, une nouvelle fois, dépassé les bénéfices.

Entre 2003 et 2012, France Télécom-Orange a versé 27,5 milliards d’euros de dividendes aux seuls propriétaires de la maison mère ! Une dilapidation qui a obéré les capacités d’investissement de l’entreprise, en France et à l’étranger, alors que le tournant technologique du très haut débit et l’emprise croissante des acteurs « over the top » (Google, Apple ou Amazon) auraient imposé d’investir massivement dans les réseaux de nouvelle génération et le développement de nouveaux services.

Plus de la  moitié des dividendes sont versés à des fonds de pension étrangers ou à des banques qui spéculent et revendent leurs actions dès que le coupon a été détaché, comme nous l’avons plusieurs fois dénoncé. Mais le gouvernement qui défend « le made in France » et prétend lutter « contre la finance sans visage » semble avoir une taie sur les yeux lorsqu’il s’agit de prendre des mesures concrètes à sa portée.

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