piles d'argentLe « plan TOP » initié par T. Breton en décembre 2002 signe l’entrée de France Télécom dans un nouveau paradigme de gestion.  Il s’agit officiellement de réduire la dette abyssale de l’entreprise par un plan de 3 x 15 milliards d’euros : 15 d’économies de fonctionnement, 15 d’augmentation de capital, 15 de refinancement de la dette par les marchés.

C’est le début d’une politique à visées exclusivement financières, pour maximiser le profit à court terme au détriment de la stratégie industrielle et du futur de l’entreprise : modification des règles de gestion et serrage de vis, afin de sortir des profits exceptionnels « destinés à retrouver des marges de manœuvre »… qui au final les suppriment les unes après les autres.

Stratégie du choc

Le plan TOP s’appuie sur une mission « état des lieux », confiée par T. Breton à un groupe d’experts, d’où est sorti le fameux chiffre de 70 milliards d’euros de dette. Un chiffre artificiellement gonflé par l’intégration dans les comptes de 25 milliards d’euros de provisions pour pertes, sans fondement réel. Mais une annonce aussi spectaculaire permettait d’appliquer à l’entreprise la « stratégie du choc » préconisée par les néolibéraux, propre à « faire passer la pilule » de la privatisation et d’un changement de cap d’une brutalité sans précédent.

Cost-killer

Sous la houlette de Louis-Pierre Wenes (recruté par T. Breton en décembre 2002, et qui supervisera le plan NExT et son odieux volet ACT, avant d’être débarqué en octobre 2009, puis mis en examen en juillet 2012 pour harcèlement moral), les financiers font feu de tout bois.

Les politiques d’achat sont révisées, rigides au point de paralyser l’activité opérationnelle des équipes, ou d’évincer des fournisseurs précieux.

La diminution du cash affecté aux investissements conduit  à différer l’entretien et le renouvellement du matériel, ce qui nous oblige aujourd’hui à faire des remises à niveau, parfois dans l’urgence, des équipements obsolètes.

L’amortissement des investissements de génie civil passe de 20 à 25 ans. L’affichage d’un bénéfice comptable artificiel est immédiat, mais l’entreprise n’est pas plus riche pour autant !

Le report indéfini des congés du personnel est supprimé, et on passe brutalement à l’écrêtage systématique. Mais une telle opération ne génère que du résultat exceptionnel factice par une reprise des provisions pour charges l’année de mise en œuvre.

Profit éclair pour les banquiers et privatisation sauvage

Dès mars 2003, les équipes de Thierry Breton procèdent à une augmentation de capital conséquente : 15 milliards d’euros au total, dont 9 apportés par l’État français.

Le montage de l’opération, bouclée d’avance, privilégie l’achat des nouvelles actions par les banquiers à un tarif préférentiel de souscription, à 5,5 euros en dessous du cours boursier, alors à 20 euros. Un profit éclair de 1,6 milliards d’euros pour les banques qui ont raflé la souscription, au détriment des petits porteurs… et du personnel. Cette nouvelle tranche de privatisation n’a été accompagnée d’aucune offre réservée aux personnels (ORP) comme le prévoient les lois de privatisation de France Télécom. Et les délais de mise en œuvre étaient tellement courts qu’il était impossible aux fonds détenus dans le cadre du PEG (Plan Épargne Groupe) d’exercer les Bons de souscription d’actions (BSA) permettant aux personnels actionnaires de bénéficier du tarif préférentiel d’achat pour les nouvelles actions créées.

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Source : Les Échos  – février 2005

Mais quand « l’état d’urgence » est décrété, personne ne se préoccupe de ce genre de détail : les personnels ne devaient-ils pas se montrer reconnaissants qu’aucun plan social ne soit mis en place ? On leur cloue le bec, jusqu’à la crise de 2009 qui jette une lumière crue sur ce qu’on leur a fait subir…